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Nombreux sont les observateurs et responsables politiques qui présentent le Brexit comme un danger pour les relations commerciales entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Ces peurs sont néanmoins infondées dans la mesure où le libre-échange peut s’affranchir des organisations intergouvernementales.

Brexit et libre-échange : la fausse inquiétude

L’inquiétude courante vis-à-vis d’une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne concerne le libre-échange entre ces deux espaces européens. Barack Obama a par exemple averti qu’un Brexit signifierait pour le Royaume-Uni la nécessité de renégocier, dans une position défavorable, des traités commerciaux durant plusieurs années.

Mais ainsi que le rappelle régulièrement le professeur Patrick Minford de l’Université de Cardiff, qualifier l’Union européenne de zone de libre-échange est une erreur. L’Union européenne est avant tout une union douanière et politique qui érige ses propres barrières contre les biens et services extérieurs. En témoigne d’ailleurs le discours de ceux qui, comme Wolfgang Schäuble, ne cessent de brandir la menace de l’accès au marché intérieur pour dissuader le Brexit. Ce que l’on peut considérer comme du protectionnisme bruxellois entrave en réalité le bon déroulement de la division internationale du travail et ralentit le progrès économique.

Ces débats révèlent l’hégémonie d’une conception particulière du commerce qui peine à s’affranchir du cadre intergouvernemental : une conception des échanges internationaux d’autant plus curieuse que les grands penseurs du libre-échange ont toujours réfuté l’utilité des traités commerciaux. L’économiste classique Vilfredo Pareto écrivait ainsi dans son Nouveau dictionnaire d’économie politique que « si l’on accepte le libre-échange, les traités commerciaux n’ont aucune raison d’exister. Nous n’avons pas besoin d’eux dans la mesure où ce qu’ils ont prétention à réglementer n’existe plus, chaque nation laissant librement entrer et sortir n’importe quelle marchandise à ses frontières ».

Le libre-échange est en effet une affaire locale. Il consiste pour les autorités à lever unilatéralement les barrières aux échanges indépendamment des éventuelles pratiques protectionnistes des États tiers. Les pays les plus ouverts bénéficient pleinement des avantages comparatifs. Les industries locales deviennent plus productives tandis que les consommateurs profitent de produits étrangers moins coûteux pour satisfaire leurs besoins.

Loin d’être utopique, l’application au Royaume-Uni de cet unilatéralisme s’est déjà observée dans le passé avec l’abolition des lois céréalières (Corn Laws) en 1846 sous la pression de l’Anti Corn-Law League. Les économistes s’accordent pour dire que cette mesure arrachée au gouvernement conservateur de l’époque –  à la solde des grands propriétaires fonciers – a durablement contribué à moderniser l’industrie britannique pendant près d’un siècle tout en renforçant le pouvoir d’achat des masses. Ceci explique pourquoi un économiste Français comme Frédéric Bastiat a tenté d’importer dans l’hexagone via sa « Ligue du libre-échange » des idées qui apparaissaient à l’époque comme véritablement révolutionnaires.

Concurrence institutionnelle, réglementaire et fiscale

Les avantages de la libre-circulation ne sont donc pas exclusivement liés à l’Union européenne et peuvent s’obtenir sans elle. De nombreux pays participent d’ailleurs au marché commun sans être membre de l’Union pour autant. C’est le cas de la Suisse, de la Norvège ou du Liechtenstein. La construction européenne génère en revanche bon nombre d’inconvénients dont on ne peut se passer qu’en quittant le navire bruxellois.

En effet, depuis plusieurs années, l’Union européenne s’est donnée – au nom d’une prétendue nécessité de « coordonner » la gouvernance de notre continent – l’ambition d’une harmonisation toujours plus poussée des politiques publiques. Or cette harmonisation est dangereuse pour la concurrence institutionnelle que le Prix Nobel d’économie Friedrich Hayek concevait comme un « processus de découverte » indispensable au progrès.

Un tel mécanisme de concurrence favorise l’émulation entre gouvernements. Elle conforte l’émergence et la diffusion des meilleures politiques publiques associées au respect de la libre-entreprise indispensable à l’épanouissement des sociétés humaines. Celle-ci permet de générer de saines incitations politiques.

Elle régule les ardeurs des souverains qui, par crainte de voir leurs sujets affecter leurs industries et leurs capitaux dans des juridictions plus respectueuses de leurs droits, ont beaucoup moins intérêt à interférer avec le déroulement libre des activités humaines. Ainsi, dans son célèbre ouvrage The European Miracle, l’historien de l’économie Eric Jones impute la prospérité et la singularité européennes à la concurrence institutionnelle longtemps entretenue par la fragmentation politique du vieux continent.

La défiance vis-à-vis de la construction européenne n’est donc pas nécessairement synonyme de nationalisme tribal. Elle peut embrasser un désir encore plus fort d’ouverture. Lutter contre l’atonie que nous promet une Europe toujours plus centralisée revient donc à se féliciter de l’émergence d’idées, dont l’expression conduirait à une plus grande dispersion du pouvoir pour sauvegarder les incitations productives dans le cadre d’un marché plus ouvert à la mondialisation. Il en va ici de la vivacité du vieux continent et de sa capacité éternelle à s’offrir une nouvelle jeunesse.

  • Ferghane Azihari – Responsable local pour European Students for Liberty en région parisienne
  • Christophe Seltzer – Coordinateur national pour Students for Liberty – France ; Co-fondateur du Free Startup Project
  • Rafaël Amselem – CoPrésident #HackLaPolitique
  • Thomas Pala – CoPrésident #HackLaPolitique
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